Mutualisme & syndicalisme


Jusqu’à la Seconde République, les sociétés de secours mutuels remplissent une double fonction : dans le cadre de la loi Le Chapelier, toujours présente, elles organisent des luttes revendicatives tout en prenant en charge un minimum de besoins sociaux.

L’organisation de la “ Mutualité impériale ” par Napoléon III à partir de 1852 consacre une dissociation durable entre sociétés de secours mutuels et syndicats. Dirigées désormais par les notables, les sociétés de secours mutuels se spécialisent dans la prise en charge de la maladie, tout en se détournant de plus en plus de l’action revendicative. Apparues dans le courant de la décennie 1860, les premières chambres syndicales s’orientent dans un sens diamétralement opposé. La Commune de Paris (1871) approfondit cette séparation entre les deux mouvements qui s’accentue encore à partir des années 1880 avec l’apparition des premières organisations syndicales. Bénéficiant d’une existence légale depuis la loi Waldeck-Rousseau (1884), le syndicalisme, dans sa majorité du moins, ne s’en inscrit pas moins dans une perspective révolutionnaire de destruction de l’Etat et du rejet de toute réforme. De son côté, la Mutualité qui commence aussi à se penser à l’échelle du pays à partir du tournant des années 1890, se républicanise lentement ; elle est parfois influencée par la franc-maçonnerie puis se situe dans la mouvance du Parti républicain radical créé en 1901, un an avant la FNMF.





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Tout sépare désormais mutualistes et syndicalistes ; l’anarchisme et, dans une moindre mesure, le marxisme, dont se réclament de nombreux syndicalistes, diffèrent largement, jusqu’en 1914, du solidarisme des mutualistes. Aussi, jusqu’à cette date, les syndicats se soucient fort peu des questions de santé.

La Première Guerre bouleverse la donne. Mutualistes et syndicalistes font l’expérience de la puissance de l’Etat et comprennent qu’il faut composer avec lui. La majorité de la CGT s’oriente vers une politique de présence où l’accent est mis sur la négociation. Puis, les mutualistes et la majorité des syndicalistes se prononcent en faveur des Assurances Sociales avant de participer ensemble à leur gestion.





Passé le choc de l’instauration de la Sécurité sociale, les uns et les autres se rapprochent davantage pour trois raisons : ils se retrouvent sur le terrain de l’entreprise ; les grandes mutuelles de fonctionnaires et d’enseignants, souvent animées par des syndicalistes, pèsent désormais d’un poids considérable dans le monde mutualiste ; enfin, le syndicalisme en vient lui-même à considérer l’action mutualiste de façon plus positive.

Mais, il faut attendre le début des années 1970 pour que des rencontres aient lieu entre les organisations nationales. Par ailleurs, ce long fossé entre les deux mouvements a laissé de nombreuses traces, comme on l’a vu en 1936 et en 1968, où les questions de santé ont été pratiquement délaissées par les syndicats.


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