En Russie où il n'y a pas eu ni guildes ni corporations, des sociétés de secours mutuels apparaissent timidement au sein des professions les plus qualifiées, d'abord chez les imprimeurs puis chez les employés du commerce. A la différence de ce qu'il en est souvent, ces sociétés pratiquent largement la charité et l'Etat les considère d'ailleurs comme des organisations charitables. Il est difficile d'avancer des chiffres globaux mais il semble qu'à l'orée du XXe siècle, 20 00 personnes, soit 8 % des 256 000 employés de commerce, auraient rejoint une société de secours mutuels. Elles se développent aussi chez les ouvriers de l'industrie.
En 1866, l'Etat a obligé les entrepreneurs à mettre en place dans leurs usines des hôpitaux destinés à leur personnel mais cette loi est très peu appliquée. Puis l'essor de la révolution industrielle favorise peu à peu le développement de ce type d'institutions. En 1912, l'Etat adopte une loi selon laquelle les ouvriers des entreprises privées sont tenus de contracter une assurance contre les accidents. Enfin, le développement des syndicats au lendemain de la Révolution de 1905 entre également en ligne de compte. Initialement, ils ne consacrent qu'une petite partie de leurs forces et de leurs maigres ressources aux réalisations mutualistes. De plus, dans ces années, seuls 7,3% des 667 000 ouvriers de Saint-Petersbourg, la plus grande ville industrielle du pays, sont syndiqués.
A partir de 1909/1910, certains syndicats pensent que la mutualité peut les aider à se développer ; aussi, ils mettent en place leurs propres caisses de secours, comme le fait par exemple le syndicat des aciéries de Saint-Pétersbourg. Ainsi, jusqu'en 1914, la mutualité en Russie a le plus souvent oscillé entre charité et syndicalisme
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