La Russie


Si les premières sociétés de secours mutuels apparaissent en Russie au milieu du XIXe siècle, il leur faut toutefois attendre trois décennies supplémentaires pour qu'elles progressent véritablement. On les connaît d'autant plus mal qu'en Russie, les historiens se sont peu intéressés à ces mouvements qui ont existé certes mais dans des proportions assez modestes. A cela deux grandes raisons. Tout d'abord, le développement industriel de la Russie, bien plus tardif que celui de la plupart des pays d'Europe, ne démarre vraiment que dans les années 1880. Par ailleurs, dans ce pays en majorité agricole où le Tsar est tout puissant, le peuple n' a pratiquement aucun droit ; le servage n'a pas été aboli avant 1861 et les premières formes de parlementarisme s'esquissent au lendemain de la Révolution de 1905 en même temps que les premiers partis politiques et syndicats légaux.


En Russie où il n'y a pas eu ni guildes ni corporations, des sociétés de secours mutuels apparaissent timidement au sein des professions les plus qualifiées, d'abord chez les imprimeurs puis chez les employés du commerce. A la différence de ce qu'il en est souvent, ces sociétés pratiquent largement la charité et l'Etat les considère d'ailleurs comme des organisations charitables. Il est difficile d'avancer des chiffres globaux mais il semble qu'à l'orée du XXe siècle, 20 00 personnes, soit 8 % des 256 000 employés de commerce, auraient rejoint une société de secours mutuels. Elles se développent aussi chez les ouvriers de l'industrie.
En 1866, l'Etat a obligé les entrepreneurs à mettre en place dans leurs usines des hôpitaux destinés à leur personnel mais cette loi est très peu appliquée. Puis l'essor de la révolution industrielle favorise peu à peu le développement de ce type d'institutions. En 1912, l'Etat adopte une loi selon laquelle les ouvriers des entreprises privées sont tenus de contracter une assurance contre les accidents. Enfin, le développement des syndicats au lendemain de la Révolution de 1905 entre également en ligne de compte. Initialement, ils ne consacrent qu'une petite partie de leurs forces et de leurs maigres ressources aux réalisations mutualistes. De plus, dans ces années, seuls 7,3% des 667 000 ouvriers de Saint-Petersbourg, la plus grande ville industrielle du pays, sont syndiqués.
A partir de 1909/1910, certains syndicats pensent que la mutualité peut les aider à se développer ; aussi, ils mettent en place leurs propres caisses de secours, comme le fait par exemple le syndicat des aciéries de Saint-Pétersbourg. Ainsi, jusqu'en 1914, la mutualité en Russie a le plus souvent oscillé entre charité et syndicalisme


Ces modestes réalisations sont cassées par la Grande Guerre puis la Révolution de 1917. Toutes les sociétés de secours mutuels étant alors considérées comme des vestiges de l'Ancien régime sont dissoutes. L'Etat met alors en place un système d'assurances sociales dans lequel il joue un rôle déterminant. En dépit de quelques tentatives, la mutualité disparaît alors en tant qu'institution, et ce durant sept décennies. A la différence des coopératives dont le bien fondé est reconnu par Lénine en 1922 dans un de ses derniers écrits et qui conserveront une certaine existence sous le régime socialiste. La situation se modifie radicalement pour les mouvements d'économie sociale avec l'implosion de l'URSS en 1991.



Nouvelle expo 2008

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