La coopération entre les institutions de prévoyances volontaire et obligatoire s'est construite en France au cours d'un processus long et complexe. Suspectée de porter atteinte à la liberté et à l'esprit de responsabilité, l’obligation a longtemps été perçue comme s’opposant à une pratique mutualiste fondée sur le principe de l'engagement personnel. Cependant, une prise de conscience des limites de l’engagement individuel dans la couverture de risques, tels que la retraite et l’invalidité, s’opère avec la naissance de la FNMF.
En qualifiant, lors de son congrès national (Nantes, 1904), l’obligation comme un "moyen transitoire" pour généraliser la prévoyance, Léopold Mabilleau accomplit une rupture capitale pour l'avenir. La participation des sociétés de base à la mise en place de systèmes obligatoires s'affirme dés lors déterminante pour la construction de la protection sociale française comme pour l'essor de la mutualité. Avec l’instauration des Assurances sociales en 1930, les mutualistes se familiarisent avec l’obligation, en dépit de réticences persistantes.
La mise en place de la Sécurité sociale ne remet pas en cause la place essentielle de la Mutualité dans le régime de protection sociale, même si cette mutation oblige le mouvement à se transformer. La complémentarité dévolue aux mutuelles leur confère de fait la co-responsabilité de l’ensemble du système social, comme en atteste l’organisation récente de la Couverture maladie universelle.
La convergence sur le plan des valeurs de solidarité et de responsabilité, forgée par l’histoire entre la Mutualité et la Sécurité sociale, se traduit par une coopération encore plus étroite pour des secteurs professionnels importants. Les mutuelles peuvent constituer des sections locales du régime légal pour les fonctionnaires, les étudiants et des organismes conventionnés pour les professions indépendantes, conjuguant ainsi l’efficacité du service de “ guichet unique ” et les garanties de la démocratie mutualiste.
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