Mutualisme & patronat


Mal connus, les liens entre mutualité et patronat débutent véritablement sous le Second Empire : avec la mutualité approuvée, un certain nombre de patrons deviennent membres bienfaiteurs des nouvelles mutuelles. Toutefois, cette rencontre a ses limites. Car, à partir de cette date, la Mutualité s’écarte sensiblement et pour longtemps du monde du travail. Le fait que la gestion des accidents du travail soit, en 1898, confiée aux compagnies d’assurances, au moment même où la maladie est confiée à la Mutualité, tend à institutionnaliser sinon cette séparation, du moins cette division du travail.

De son côté, le patronat, du moins celui des grandes entreprises, préfère mettre en place ses propres œuvres sociales, ce qu’il fait notamment dans les mines et la métallurgie, de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il y a tout intérêt, pour stabiliser la main d’œuvre, souvent encore très instable, ainsi que pour couper l’herbe sous le pied, d’abord aux syndicalistes mais aussi aux mutualistes. En effet, ce patronat ne voit pas ces derniers d’un très bon œil, dans la mesure où il ne les contrôle guère, ni eux ni leurs œuvres sociales. On trouve certains patrons parmi les dirigeants mutualistes mais, jusqu’en 1914, ils restent, semble-il, en assez petit nombre.





Les conséquences de la Première Guerre changent cet état de choses. Le salariat se développe dans la société française : en raison des Assurances sociales, la Mutualité doit se rapprocher du monde du travail, si elle veut conserver une place importante dans ce système destiné aux salariés les plus modestes. Parmi les mutuelles qui se créent, en grand nombre, au tournant des années 1930, beaucoup sont davantage des émanations patronales que des mutuelles proprement dites. Toutefois le rapprochement entre mutualistes et patronat est une réalité.

En effet, le patronat redoute une extension de la protection sociale obligatoire qui limitera son contrôle sur “ ses ” propres œuvres sociales : il a donc besoin de coopérer avec la Mutualité pour s’efforcer de conserver son contrôle.





Au sein du mouvement mutualiste, l’ascension, dans les mêmes années, d’hommes tels que Gustave Bonvoisin et Georges de Lagarde, issus des milieux de la grande industrie métallurgique, est un signe de ce rapprochement. Autre signe, les accords passés, non sans difficultés parfois, entre la Mutualité et le patronat, pour gérer en commun les Assurances Sociales : des accords de ce type sont signés, notamment dans le Nord, en Lorraine, et dans le Rhône, trois régions industrialisées. Si les choses se passent parfois de façon différente dans d’autres départements, ce rapprochement n’en reste pas moins indiscutable jusqu’à la Libération.





Avec l’instauration de la Sécurité sociale et le fait que sa gestion soit confiée majoritairement aux organisations syndicales ouvrières, aux dépens de la mutualité et du patronat, cet équilibre est bouleversé. Dès lors, la Mutualité approfondit l’investissement dans la mutualité en entreprise, qu’elle avait amorcé au début des années 1930, mais il faudra attendre la fin des années 1960 pour que cette forme d’intervention mutualiste soit véritablement reconnue par la FNMF.


 © FNMF


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