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Une longue attente
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On ne trouve guère la trace de présence féminine dans les sociétés de secours sous l’Ancien Régime. Seules les veuves de maîtres bénéficient parfois de l’entraide corporative. En 1780, la Bourse Saint-Laurent, qui sera au XIXe siècle un modèle pour les sociétés de secours mutuels (SSM), emploie exclusivement le genre masculin pour énoncer les droits et les devoirs des adhérents, dans les cinquante articles de ses statuts. La dominante masculine des effectifs ne peut, cependant, être considérée comme un phénomène spécifiquement mutualiste. Elle relève d’une problématique plus générale portant sur l’égalité des droits. | |
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L’absence des femmes est d’abord liée au caractère professionnel du recrutement des sociétés, qui sont généralement issues de métiers qualifiés, constitués essentiellement par la main-d’œuvre masculine. L’adhésion vise principalement à compenser les pertes de salaires du chef de famille en cas de maladie. L’obstacle idéologique d’un antiféminisme spontané s’ajoute aux entraves économiques et sociales. La couverture sanitaire des femmes paraît, selon l’opinion commune, difficilement assurable dans le cadre précaire des finances mutualistes en raison du coût élevé du risque maternité. La grossesse est souvent assimilée aux « maladies causées par la débauche ou par l’intempérance », et, de plus, la consommation médicale féminine est l’objet d’un soupçon systématique de dissimulation. |
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À partir de 1850, des formes de mutualisation de la population féminine s’ébauchent avec les prémices de la croissance économique, le développement du salariat et l’amorce de l’intervention sociale de l’État. La féminisation de la Mutualité marque des progrès au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le pourcentage des femmes parmi les adhérents passant de 10 % à 18 %. Les mécanismes d’exclusion n’ont pas disparu pour autant. Au début du XXe siècle, la sous-représentation des femmes dans les SSM demeure marquante, bien qu’elles composent 37 % de la population active. |
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