La mutualité espagnole


Des origines à la première guerre mondiale

L’Espagne rompt de façon définitive avec l’Ancien Régime dans la première moitié du XIXe siècle. L’abolition des anciennes corporations (1836) va de pair avec la reconnaissance, trois ans plus tard, de l’associationnisme ouvrier. Les sociétés de secours mutuelssont reconnues à condition qu’elles ne soient pas des sociétés de “ résistance ouvrière ”. Cette loi est importante puisque jusqu’en 1941, il n’existera aucune législation spécifique pour la mutualité. Au milieu du XIXe siècle, l’Etat espagnol n’intervient pas du tout dans le social. Le syndicalisme ouvrier sera finalement reconnu en 1887 et dans les décennies qui vont suivre, l’Etat va peu à peu s’impliquer dans la protection sociale comme dans la législation du travail.


Les Fraternités de secours existant sous l’Ancien régime prenaient en charge la maladie. Dans le contexte de lente industrialisation que connaît l’Espagne au XIXe siècle, la législation de 1839 favorise l’émergence de sociétés de secours mutuels ; elles sont souvent liées aux premières formes de syndicalisme ouvrier. Mais en 1887, il n’existerait que 1200 sociétés de secours mutuels sur les 3108 de toutes sortes que compte alors l’Espagne. Puis, la progression s’accélère : en 1904 sur 1691 sociétés regroupant 351 000 membres, les sociétés populaires auraient été au nombre de 1271 avec 238 000 membres et les sociétés ouvrières 309 avec 84 000 membres.

Au sein du milieu ouvrier, le mutualisme joue un rôle important en raison de ses liens avec les syndicats et notamment de la conception du “ syndicalisme à bases multiples ”, selon laquelle un syndicat doit organiser des luttes revendicatives tout en prenant également en charge les besoins sociaux (maladie, retraite, etc.) du monde du travail.


A partir du tournant du XXe siècle, les mutualistes doivent, comme dans le reste des pays européens, tenir compte de l’intervention croissante de l’Etat dans le social : vote de lois sur le travail des femmes et des mineurs, sur les accidents du travail, etc, création en 1908 de l’Instituto nacional de prevision. La mutualité espagnole commence timidement à s’organiser au moins à l’échelon régional. Mais à la grande différence de la majorité du reste de l’Europe, l’Espagne sera épargnée par la Première Guerre mondiale, ce qui aura d’importantes conséquences sur le développement de sa protection sociale jusqu’à l’avènement du franquisme en 1939.





Evolution de la mutualité espagnole au XXème siècle

La progression du nombre des mutuelles est effective depuis 1900 et se poursuit jusqu’en 1930. Au nombre de 25 00 en 1904, elles sont 52 00 en 1916. Elles sont très différentes par leur typologie et par leur taille ; le nombre moyen de leurs membres varie le plus souvent entre 100 et 250. Elles ont beaucoup de mal à s’unir et à l’exception de la Fédération des sociétés de secours mutuels de la province de Barcelone — fondée en 1896, elle regroupe en 1915 747 sociétés et 167 000 — le mutualisme espagnol fait alors preuve d’une incapacité totale à s’organiser à l’échelon national et même régional. Dans ces conditions, les sociétés ne peuvent, pour l’essentiel, que prendre en charge la maladie, le décès et les enterrements mais elles n’ont guère les moyens de s’aventurer sur le terrain de prestations plus lourdes.


 source : wikipédia

En 1922, est instauré par le gouvernement un premier régime de retraite obligatoire, largement inspiré des Assurances sociales bismarckiennes. En conséquence, le gouvernement exhorte les mutualistes à s’adapter aux exigences techniques de l’assurance et à renoncer aux méthodes empiriques qui ont été largement les leurs. Les mutualistes entreprennent alors un grand effort de modernisation en introduisant les techniques actuarielles et en cherchant à se regrouper davantage. Mais une seule organisation fédérée existe alors en Catalogne : elle représente en quelque sorte le modèle à suivre, ce qui explique que ce soit dans cette province que la première législation spécifique à la mutualité voit le jour en 1934.


Toutefois, l’histoire ne permettra pas à cette expérience de se développer plus largement puisque la guerre civile espagnole éclate deux ans plus tard, en 1936. En 1939, une des premières mesures du gouvernement franquiste, qui vient de gagner la guerre, est l’annulation de la législation du Parlement catalan. En 1941, l’Etat adopte une loi spécifique à la mutualité qui va rester en usage durant quarante ans. En 1981, six ans après la mort de Franco, l’Espagne s’engage dans un processus de démocratisation : s’ouvre alors une nouvelle période de l’histoire de la mutualité dans ce pays.



Expo 2006

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